Le Harfang des neiges officiellement considéré en 2025 comme une espèce nicheuse éteinte en Suède

Un oiseau emblématique qui disparaît en silence, cela serre un peu le cœur. En 2025, le magnifique Harfang des neiges, ce grand hibou blanc symbole des paysages arctiques, est officiellement considéré comme une espèce nicheuse éteinte en Suède. Que s’est-il passé dans les montagnes suédoises pour qu’un tel géant du nord n’y élève plus un seul poussin ? Et surtout, que nous dit cette disparition sur l’état de notre climat ?

Un géant blanc des terres arctiques

Le Harfang des neiges (Bubo scandiacus) est l’un des plus grands hiboux du monde. Sa stature impressionne, même de loin.

  • Envergure de la femelle adulte : environ 170 à 177 cm
  • Envergure du mâle adulte : environ 160 à 170 cm

Le mâle adulte est presque entièrement blanc, surtout en vieillissant. La femelle et les jeunes présentent au contraire de nombreuses taches ou barres brun foncé. Le plumage est plus sombre au printemps et en été, plus clair en hiver. Et puis, il y a ces yeux jaune vif qui semblent tout voir dans la neige.

Son monde, c’est la toundra arctique. Il niche de l’Alaska à la Sibérie, en passant par le Canada, le Groenland et le nord de la Scandinavie. Un paysage ouvert, froid, balayé par les vents, où la vue porte loin. Pour un grand rapace diurne, c’est l’endroit idéal.

Un prédateur qui dépend d’un minuscule rongeur

Pour comprendre la disparition du Harfang comme nicheur en Suède, il faut d’abord parler de son plat préféré : le lemming. Ce petit rongeur est la clé de tout.

Dans la toundra, le Harfang des neiges chasse principalement les lemmings. Quand ces derniers sont très nombreux, les couples de harfangs ont de grosses couvées. Quand ils se raréfient, le nombre de jeunes diminue, parfois jusqu’à l’échec complet de la reproduction.

Autrement dit, la réussite d’une saison de nidification dépend directement de l’abondance de lemmings. Ce lien est si fort que les populations de harfangs montent et descendent au rythme des cycles de ces petits rongeurs.

Une vie entre toundra, banquise et grandes plaines

En hiver, tous les harfangs ne restent pas au cœur de l’Arctique. Une partie de la population descend plus au sud.

Ils peuvent alors apparaître :

  • dans le sud du Canada et le nord des États-Unis
  • dans le nord et le centre des États-Unis certaines années
  • dans le nord de l’Europe, y compris la Scandinavie
  • en Mongolie et dans le nord de la Chine

Ils chassent alors surtout des rongeurs dans les prairies, les aérodromes, les cultures, les marais, les champs ouverts ou le long des rivages. Beaucoup d’oiseaux restent néanmoins sur la banquise. Ils y capturent des canards marins qui se rassemblent dans les zones d’eau libre entre les blocs de glace.

Certains hivers, on observe de vraies « invasions » bien au-delà de la zone d’hivernage habituelle. C’est ce qui s’est produit en Amérique du Nord en 2008-2009 puis 2013-2014. La combinaison d’une très bonne saison de reproduction et de conditions hivernales difficiles (neige profonde, tempêtes répétées, accès réduit aux proies) force alors de nombreux jeunes à descendre plus au sud.

L’Europe, un continent de passage pour le Harfang

En Europe, le Harfang des neiges reste une espèce rare au sud de la Scandinavie. Pourtant, il suscite chaque fois un énorme intérêt chez les observateurs.

  • Un ou plusieurs individus sont parfois vus dans le nord de l’Écosse
  • En France, les observations sont exceptionnelles et très espacées
  • En 2021, trois harfangs ont même été découverts dans le nord-ouest de l’Espagne

Lorsqu’un oiseau est observé loin de sa zone d’hivernage régulière, une question revient : sauvage ou échappé de captivité ? La popularité du harfang dans la saga « Harry Potter » a touffu un trafic illégal dans les années 2000, surtout en Asie. Mais des analyses de plumes réalisées sur des oiseaux observés en Espagne ont montré qu’ils étaient bien d’origine arctique et non issus d’élevage.

Un effondrement mondial inquiétant

La situation du Harfang des neiges n’est pas seulement préoccupante en Suède. À l’échelle du globe, la tendance est alarmante.

Les estimations évoquent aujourd’hui environ 14 000 à 28 000 individus dans le monde. En 2013, certains chiffres avançaient encore près de 200 000 oiseaux. La différence est énorme, même si les méthodes de comptage ont évolué.

Face à ce déclin, l’espèce est maintenant classée comme vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Et les données disponibles indiquent que la population continue à baisser.

Pourquoi le Harfang est déclaré nicheur éteint en Suède en 2025

Venons-en à la Suède. Dans les années 1970, les ornithologues pouvaient y compter, certaines années, plusieurs centaines de couples nicheurs dans les zones montagneuses du nord-ouest du pays. Le harfang faisait alors partie, même de manière irrégulière, de la faune reproductrice suédoise.

Depuis 2015, plus aucun nid n’a été découvert dans ces montagnes. Dix ans sans preuve de reproduction, pour une espèce déjà rare, c’est beaucoup. À l’automne 2025, le dernier rapport quinquennal de la Sveriges lantbruksuniversitet (SLU), l’université agronomique suédoise, a donc franchi un cap symbolique : le Harfang des neiges y est officiellement classé comme espèce nicheuse éteinte en Suède.

Cela ne signifie pas que l’oiseau ne survole plus le pays. Des individus peuvent encore y passer en hiver, ou se poser quelques jours. Mais il ne forme plus de couples nicheurs réguliers capables d’élever des jeunes sur le territoire suédois.

Le rôle central du réchauffement climatique et des lemmings

Derrière cette disparition, un acteur majeur apparaît : le réchauffement climatique. Niklas Aronsson, rédacteur en chef du magazine de BirdLife Sweden, met en avant un mécanisme clair et assez implacable.

  • Les hivers sont plus doux, avec davantage de pluie et moins de neige
  • Les lemmings dépendent des tunnels de neige pour survivre et se reproduire
  • La pluie et le gel cassent ou détrempent ces tunnels fragiles
  • Les années riches en lemmings deviennent alors beaucoup plus rares

Sans ces « années de pic » pour les lemmings, les harfangs trouvent trop peu de proies pour mener une reproduction réussie. Moins de lemmings, c’est moins de jeunes harfangs, puis à terme plus aucun couple qui tente de nicher. La toundra elle-même change : la végétation buissonnante et les petites zones boisées progressent. Le paysage s’« enferme », et l’habitat ouvert typique du Harfang recule.

Dans ce contexte, la Suède devient peu à peu un pays défavorable à la nidification. D’abord, les années à harfangs se font plus rares. Puis, plus rien. Juste un silence blanc là où nichait autrefois un grand rapace.

Une disparition définitive… ou une absence provisoire ?

Faut-il considérer que le Harfang des neiges a disparu à jamais comme nicheur en Suède ? Les spécialistes restent prudents. Cette espèce est connue pour ses variations annuelles très marquées de population, liées aux cycles de proies. Certaines années, presque aucun nid. Puis, soudain, une explosion de couples quand les lemmings abondent.

Il n’est donc pas totalement exclu que, dans un futur plus ou moins lointain, quelques couples reviennent s’installer dans les montagnes suédoises. Un rebond local reste possible si, par exemple, une succession d’hivers favorables aux lemmings se présente de nouveau.

Mais ce scénario optimiste dépend d’un facteur que l’on maîtrise mal : la stabilité du climat arctique. Si les hivers doux, pluvieux, irréguliers deviennent la norme, les fenêtres favorables pourraient se raréfier au point de ne plus suffire.

Que nous dit le Harfang des neiges de notre futur ?

Au fond, la disparition du Harfang comme nicheur en Suède n’est pas seulement une histoire d’oiseaux. C’est un signal d’alerte sur ce qui se joue dans le grand nord. Le sort d’un grand rapace blanc nous raconte, de manière très concrète, comment le climat qui se réchauffe bouleverse les équilibres entre neige, glace, végétation et proies.

Vous n’irez peut-être jamais dans la toundra arctique. Vous ne verrez peut-être jamais un Harfang posé sur un rocher, immobile dans le vent. Mais ce qui lui arrive là-bas est lié aux choix faits ici, plus au sud. Chaque degré de plus, chaque hiver trop doux, se répercute sur cette chaîne fragile qui va de la neige au lemming, du lemming au harfang.

Alors, la prochaine fois que vous lirez qu’une espèce est « nicheuse éteinte » dans un pays, vous pourrez y voir autre chose qu’un simple terme technique. C’est une histoire de liens rompus, mais aussi, peut-être, l’invitation à agir pour que d’autres espèces, elles, ne disparaissent pas en silence.

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Auteur/autrice

  • Rédactrice spécialisée en gastronomie et SEO, Camille Navarre explore depuis plus de dix ans l’univers des saveurs, des voyages gourmands et des tendances culinaires. Passionnée par la découverte de tables d’exception, elle partage son expertise pour optimiser votre expérience digitale, tout en célébrant l’art de vivre et le goût authentique.

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